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07.06.2007

Censure sur la police de Vincent Bolloré : une posture idéologique ?

Hier matin est enfin paru dans "Matin Plus" l'article qui a fait tant de vagues.

Cette lecture m'a laissé songeur.

Durant quelques jours, j'ai entendu, comme tous les Français, tant de choses sur ce passage à la trappe.Sur I télé, mention de "violences policières" occultées, ailleurs; dénonciation de cet industriel qui aurait voulu cacher les comportements extrémistes de la police, démonstration des collusions d'une certaine presse avec le pouvoir, cris d'orfraie, hurlements de scandale...

Tout le monde y a été de son commentaire. Enfin, les journalistes autorisés, les vrais, les grands, ceux dont la parole compte, tenaient une vraie preuve de la main mise du Président sur la presse "détenue" par ses amis capitaines d'entreprises.

Je suis alors retourné sur les sites parlant de cette "affaire".Partant de la note initiale d'Alexandre Lévy, chef du service Europe de l’Est de l’hebdomadaire courrier International , en passant par le "Bolloré trappe un article gênant pour la police dans Matin Plus" dans rue89 et "Matin Plus: Y a-t-il eu censure ?" de Monsieur Morandini pour finir par le "Accusé de "censure", le groupe Bolloré reconnaît la suppression d'un article" du nouvel observateur.Et puis j'ai lu, enfin, j'avais hâte après tant de suspense, l'article en question dans Matin Plus. Journal du mercredi 6 juin, page 16.

Inutile de dire que j'ai été très déçu. Qu'y a t'il sur les faits dans cet article ? Rien ou presque. Le temps de "décalage" entre l'ordre de non parution, le 25 mai et le 6 juin aurait sans doute permis une enquête journalistique digne de ce nom.
Ce n'était sans doute pas la priorité.

L'essentiel était de prouver que Monsieur Bolloré, en intervenant, avait manqué à la déontologie de la presse, sous entendant qu'il était lui même aux ordres de son ami Président de la République.C'est le cas si l'on prend la théorie du fonctionnement d'une rédaction en matière d'information (retenez ce mot).


C'était donc la chère liberté de la presse qui était en cause, et cela pour éviter d'établir que, je cite :"Il y a trente ans les autorités soviétiques agissaient de manière plus démocratique que ne l'ont fait, il y a quelques jours, les fonctionnaires de police français."

Or cet article, s'il reflète une simple opinion, est pour le moins très flou sur les faits et sur cette "sovietisation" de la police à l'aéroport Charles de Gaulle. Pour être très clair, c'est même quasi uniquement l'expression d'une conviction politique partisane. Pas seulement une information.

Je précise, pour ceux qui en douterait, que je suis loin d'être un partisan de Monsieur Sarkozy, il suffit de me lire, et que mon seul lien avec Monsieur Bolloré sont mes jeux d'enfant sur les bords de l'Odet, à deux pas de l'usine familiale.

Mais à la lecture attentive de l'article, entre approximations (temps du contrôle de police : plusieurs heures, deux heures, trois heures ?) et manque de précision (qu'est ce qui se trouvait comme produit susceptible "d'exploser" dans l'étui de guitare ?) je reste sur ma faim. La chute, surtout, prête à sourire. C'est finalement le commandant de bord du vol AF1094 qui refuse aux musiciens l'embarquement. Pourquoi ? Nous ne saurons jamais. Mais comme chacun peut l'imaginer à cette lecture, dans les pays à la police totalitaire, les pilotes des compagnies nationales sont sans doute soit des agents doubles, soit à la solde des forces de l'ordre... Pour le moins il manque quelques éléments pour que cet article soit de l'information objective.

Qu'importe, c'est la censure pour "couvrir" la police qu'il faut retenir à tout prix. Travailler sur les faits n'est pas la priorité.

A tel point que dans l'article précité du nouvel observateur, dont les journalistes sont d'ordinaire attentifs, l'étui à guitare devient un étui à cigare...

Il me semble que la véritable censure sur le débat à propos de la sécurité n'est pas là.

Pas sur ce qui n'est finalement qu'une posture idéologique sur le journalisme qui fait savourer une "victoire" dont le monument commémoratif en forme de colonne de droite est un grand moment de langue de bois, intérêts croisés de collaboration oblige. Parce qu'il y a au-delà des "idées" des priorités économiques et cela c'est une vraie réalité qui ramène la "polémique" à un pétard mouillé.

J'ai oublié un de mes liens possibles avec le groupe de presse de Monsieur Bolloré.

Comme tous les médias nationaux il a reçu, gracieusement, un exemplaire de "Métier de chien. Lettres à Nicolas." Comme tous les médias nationaux, même ceux, et surtout ceux-là, qui aujourd'hui pensent défendre la liberté d'opinion, ses journaux n'en ont pas dit une ligne.

Sans doute parce que ce livre renvoie les tenants de l'ordre à tout prix et ceux qui voient des "gestapistes" sous chaque uniforme de police dos à dos.

Dans le cas précis de Monsieur Bolloré, le silence vient peut être que cet ouvrage se conclu sur la preuve par les chiffres que le bilan de l'ancien Ministre de l'Intérieur est sujet à caution.

Merci au passage aux quelques journalistes de province qui eux ont fait leur travail d'information sur cet ouvrage. Mais comme l'écrit Gaël Gueguen dans la dernière livraison de "Bretons Magazine" : "Les services du nouveau ministère de l'intérieur l'auront à l'oeil. Qu'à cela ne tienne, Marc Louboutin continuera à faire son boulot de journaliste indépendant, il en a vu assez, il ne craint pas les menaces."

La meilleure arme pour réduire les trublions au silence est souvent de leur creuser l'estomac par la faim. Je le sais, ils ont déjà essayé fin 2003 après un article jugé trop impertinent dans VSD sur ce que pensaient les policiers de leur nouveau ministre de l'Intérieur.

Refuser un vrai débat sur des faits établis.

La censure, la vraie, c'est celle-là.

Celle de toute une presse.

Le reste n'est qu'anecdote politicienne de salon parisien.

Une manière de fabriquer sans risque un peu de notoriété supplémentaire à ceux qui monopolisent déjà la parole et les écrits...

"Il est interdit de critiquer la police française", titrait 20 minutes. Non, je ne crois pas. Il est interdit d'en parler objectivement, au delà de la propagande de droite ou de gauche.

Tout simplement.

C'est justement de là que vient le malaise...

 

Alors pour détendre l'atmosphère, voilà un autre témoignage de flic, en musique, qui fera peut être se rapprocher police et population. Là est l'essentiel.

http://www.myspace.com/musicops

 

 

 

04.06.2007

Scoop sur la Police Nationale.

 A quand un vrai débat sur la sécurité intérieure en France ?

Je suis à la fois étonné et rêveur concernant la "grosse polémique" au sujet de la révélation du rapport occulté par le gouvernement concernant l'état préoccupant des relations entre la police et la population dans le département de Seine Saint Denis. La presse et les politiques  s'emparent ainsi du sujet de la sécurité et de la police républicaine pour la première fois depuis le début de la période électorale.
Car jusque là, au-delà des réponses exclusivement d'ordre judiciaire et de répression à droite et l'évocation assez vague du retour de la police de proximité à gauche, personne n'a engagé réellement le débat à ce sujet depuis des mois.
Il serait plus que temps de débattre vraiment  de cela pour la première fois à six jours, oui seulement six jours, de la deuxième échéance électorale majeure de notre pays.
Peut-être alors pourrait on discuter du bilan réel de notre Président de la République alors qu'il était Ministre de l'Intérieur, seule responsabilité à long terme qu'il ait assuré lors de la dernière législature ?

Il serait plus que temps.

Nous l'avions fait avec Guy Birenbaum sur le DEL le 4 mai.

Démontrant que le "million" de victimes épargnées n'existait pas. Qu'en matière d'affaires résolues le mode de calcul avait été changé. Que les infractions en matière de stupéfiants avaient augmentées en cinq ans de près de 40 %. Qui a repris ces informations facilement vérifiables ? Personne.

Trop tard sans doute, mais ces arguments étaient déjà dans l'ensemble des rédactions nationales depuis l'envoi des 200 exemplaires de "Métier de chien. Lettres à Nicolas" pour la promotion de ce livre-témoignage sans concession.


Concernant le fossé entre la police et la population, il n'y a pas de "scoop" loin de là.

Pour mémoire, voilà ce que j'écrivais dans le dernier chapitre de "Métier de chien.Lettres à Nicolas", paru le 19 avril et diffusé en presse quinze jours plus tôt :

"A quelques jours d’une échéance électorale majeure, nous allons bientôt avoir un nouveau Président de la République. C’est à lui (ou elle) que je veux adresser un message simple qui me vient des voitures de patrouilles ou des bureaux d’enquêtes. L’aube d’une nouvelle législature est toujours l’occasion de repartir sur des bases rénovées. A cette occasion, dans le domaine d’une politique de Sécurité Publique globale, il sera peut être temps d’associer, enfin, les policiers de base aux réflexions. Pour éviter qu’à la question suivante : « Pensez vous que les rapport avec la population se sont améliorés depuis 5 ans ? », 73,69 % d’entre eux répondent « non » ! (source : http://sgp-fo.nuxit.net/docs/2007questionnairepoliciers.pdf)

Combler le fossé entre les représentants de l’ordre et la population est le premier impératif pour retrouver sérénité et efficacité dans le débat sur la sécurité. Un dialogue nécessaire au maintien d’une police véritablement républicaine. Le moment où cette administration n’est plus prioritairement au service des citoyens mais à celui d’un gouvernement est l’amorce d’une perception comme « police politique » avec tous ce que cela peut comporter de défiance. Légitime ou non. Le dialogue doit se rétablir."


Voilà, tout était dit, précisant au passage que le questionnaire de ce syndicat a été réalisé bien avant l'étude de l'INHES, et qu'il dépasse la situation en Seine-Saint-Denis puisqu'il s'agit d'un questionnaire national.

C'est également ce que je disais lors d'un dialogue (tchat) mi avril 2007 avec les lecteurs de 20 minutes.


Extraits de mes réponses :

"Je ne crois pas que la Police s’étonne de ne pas être aimée. Il suffit d’aller sur les sites de leurs syndicats pour trouver des constatations objectives des policiers eux-mêmes.""Les policiers savent qu’ils sont depuis quelques années (cela ne date pas forcément du dernier gouvernement) devenus une sorte de produit d’appel politique. Le débat est donc faussé."
"J’ai récemment interviewé des fonctionnaires de police du département 91 qui m’ont assuré être sous la pression de leur hiérarchie pour « faire » 40 PV par semaine. Cela n’a bien évidemment pas de sens."
"Je ne crois pas qu’il faille avoir peur des policiers. C’est plus l’utilisation de la force publique par les politiques qui est à remettre en cause."
"Je crois néanmoins qu’il faut que l’on revienne aux fondamentaux : la répression des infractions. Pas le contrôle de toute la population…"
"Je crois qu’il faut, enfin, donner la parole aux policiers (et gendarmes) de base. Faire ce qui n’a encore jamais été fait : un véritable audit sur le fonctionnement des services de la Sécurité Intérieure (police et gendarmerie). En tirer des conclusions qui conduiront certainement à un certain nombre de réformes fonctionnelles. C’est, je crois, la condition pour combler le fossé actuel entre la police (au sens large) et la population."


Alors plutôt que de fustiger comme le fait ce matin sur I télé Monsieur Devedjian la gestion "communiste" de ce département, il aurait sans doute été plus responsable pour le gouvernement, à la lecture de ce rapport départemental de l'Institut National des Hautes Etudes de Sécurité, de demander à cet organisme une large enquête nationale.

Quant au questionnaire national dont je parle plus haut, évidemment qu'il est passé inaperçu. Puisqu'il reflète l'avis des fonctionnaires de police.

Des "flics" à propos desquels il est facile de connaître l'avis de l'administration. Lors de la "petite" et récente polémique sur les heures supplémentaires des officiers de police, dans le Monde. Un "haut responsable" (anonyme forcément) a été jusqu'à dire, je cite l'article :"Certains policiers n'ont pas du tout inscrit leurs heures supplémentaires, alors que d'autres en ont inventé des tas."

Affirmer que les rédacteurs et directeurs d'enquêtes des procédures judiciaires en France sont des menteurs illustre mieux que tout l'opinion réelle du gouvernement pour ses fonctionnaires de police.

Comment peut-on imaginer ensuite que les citoyens aient simplement confiance dans la Police Nationale puisque les politiques eux-mêmes s'en méfient ?

C'est lamentable.

Là non plus, rien de nouveau, tout est est largement développé dans "Métier de chien."Il serait plus que temps que la "grande" presse ose enfin parler de ce sujet fondamental pour les libertés qu'est la sécurité républicaine, sans faux semblants et avec un peu moins de frilosité.

 
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